Je cite une publication d'Arthur Keller

Je cite une publication d'Arthur Keller qui, j'ai l'impression, a traduit le fond de ma pensée sans le savoir. La voici :


« Si je suis souvent gêné par les discours indignés face à la déforestation de l'Amazonie, c'est parce que je n'arrive pas à oublier que le méchant Jair Bolsonaro n'est que le complice des gentils Européens qui consomment de la viande, des œufs et des produits laitiers tout en s'indignant de cette déforestation. »

Pour que tout le monde comprenne sans s'offusquer, rappelons que sans les tourteaux de soja (généralement transgénique) en provenance du Brésil et d'Argentine, dont la culture est la première cause de déforestation en Amérique du Sud, l'industrie de la viande française et celle, corollaire, des produits laitiers, n'existeraient tout simplement pas. Je ne dis pas qu'on ne ferait pas d'élevage... mais on ne pourrait pas produire autant de produits animaux, et donc en consommer autant. Le modèle agroalimentaire français, et aussi le modèle gastronomique, basés sur une consommation massive (très excessive du point de vue sanitaire) de produits animaux, ont une empreinte écologique désastreuse et sont largement tributaires d'imports de l'autre bout du monde (le soja donc, mais aussi les intrants phytosanitaires nécessaires pour faire pousser quantité de végétaux destinés à nourrir nos animaux d'élevage).

Je rappelle enfin que l'on n'a pas besoin d'autant de protéines (l'apport calorique moyen d'un Français provient à 17% des protéines et c'est trop car les protéines acidifient le corps et génèrent des problèmes médicaux à long terme – l'optimum c'est environ 10% de protéines dans un régime alimentaire équilibré), et que les protéines végétales font très bien l'affaire... Et je souligne qu'on aurait surtout besoin de consommer davantage de produits végétaux, aussi bien pour une question de santé publique que pour libérer de l'espace rural et le rendre à la nature afin que la faune et la flore si durement affectées puissent respirer un coup.

Mais bon, on est tellement loin de toutes ces considérations, n'est-ce pas ? Faut percevoir la PAC. Faut produire. Faut être compétitif, lutter contre le mouton néozélandais et vendre du cochon aux Asiatiques. Et pour un bon petit Français tranquillement installé dans ses habitudes culinaires, il est bien entendu plus simple de pointer du doigt les salauds d'Amérique latine sans remettre en question notre modèle de production et de consommation.

On n'est pas à une dissonance cognitive près."